samedi 13 juin 2015

LA FORET DES MAL-AIMES (2006)

Le coup de coeur

(2006)


J'observe habituellement, pour tout ce qui porte l'estampille "Québec et affiliés", une prudence des plus scrupuleuses. J'ai mes raisons. Des arguments bétons plein mes feuillances, fruits de minutieuses observations effectuées en terre lointaine, qui pourront appuyer un jour mon propos peut être, lorsque j'aurais enfin décider de livrer aux simples mortels ce leg unique, ce trésor pour l'humanité, véritable ode au génie de moi et à la finesse d'esprit bien de chez nous, et surtout de chez moi.

Mais pour l'heure taisons cette merveille, le monde n'est pas prêt : Motus. 

A l'égard des recommandations du sieur VanCleef, j'adopte également une attitude de méfiance de tous les instants. Alors quand ce VanSpliff de triste assemblage s'invita sans-gêne dans ma boite mail adorée pour me conseiller l'écoute de "La Forêt des Mal-Aimés" de Pierre Lapointe, autant vous dire que je me fendis d'un grand rire argentin. Encore une compilation de braillements québécois me dis-je, encore la promesse de jours d’acouphènes pensais-je, plus insolent que l'insolence même.

En temps normal, j'aurais purement et simplement ignoré la recommandation faite par l'olibrius, vous imaginez bien, renvoyant celui-ci à sa gueuserie habituelle, faite de lectures de Siegfried Ellroy et d'écoutes de Pink Floyd. Sauf qu'en l'instance, le pauvre hère me promettait de, je cite : "s'amputer d'un membre", dans l’hypothèse où le petit gars Lapointe ne m'eut point plu (vérifier la concordance sur 3615 Teubé). Autrement dit, il s'engageait à se sectionner le flexible l'exalté, purement et simplement, à la première réserve de ma part. Faut être chié tout de même. N'empêche que la perspective de le rendre eunuque, et par la même occasion de me débarrasser d'un rival de rut, me rendit érectile au degré suprême, chose bien compréhensible. Je pressais donc l'écoute, augurant déjà du 3 plein de fiel que je lui assénerais dans les gencives.

Sauf que j y ai mis 9 coeuré à sa trouvaille en fin de compte. J'en ai vomi sur tout mon clavier tellement j'étais déçu d'avoir tant aimé. Comme la fois où je m'étais fait enculer par un zèbre de la pampa. Bref, un truc extra le Lapointe, le genre à faire crac ! boum ! hue ! et à tomber à genoux. Première bonne surprise à son écoute, l'artiste chante quasiment sans accent, ou alors si léger l'accent qu'il ajoute encore au charme de l'ensemble. Une belle voix par ailleurs, ni trop faible ni trop puissante, à dimension d'homme, suave et caressante, comme de la petite musique de nuit, et néanmoins propre à faire naître l'émotion chez l'auditeur, chose primordiale à mon sens quand il s'agit d'art.

Venons-en justement à l'émotion, le fil conducteur. Elle parcourt le disque comme un frisson, et résulte grandement, et sans contestation possible, de l'immense qualité des paroles. Le niveau des textes est proprement chavirant. Découvrir Pierre Lapointe, c'est avant tout faire connaissance avec une plume de très belle facture, mêlant mélancolie et tendresse. Il faut le prendre dans le buffet son "Pays des Fleurs de la Transe" par exemple, l'entendre "trouver les yeux de son frère" avec ses "cheveux accrochés au vent" ce con, avec sa "barbe coupée à coups de barbelé", son piano à la Tiersen et ses cordes magnifiques. Foutue poésie ! le type est brillant, il se dandine dans le divin à son aise.

C'est un grand sentiment de légèreté qui émane de toutes ces saletés de chansons envoûtantes, sans doute la faute au clavecin aussi, cet instrument de l'élégance même. Les mélodies sont simples et agréables, limpides, et surtout pas faciles, bougre de bigre ! Je dis ça pour les cancres du fond qui confondent facilité et simplicité. Ce n'est jamais facile de composer des choses simples (et plaisantes, sinon on s'en cogne évidemment), c'est quand même simple à comprendre, tout le monde n'est pas flûtant, ça se saurait bigre de bougre ! Pierre Lapointe lui, l'est, flûtant. Ses petites ballades au piano sont touchantes à l'extrême. Sa pop est un modèle du genre, biberonnée sans doute à la pop classieuse du Gainsbourg version sixties ("Deux Par Deux Rassemblés" évoque immanquablement "Poupée De Cire, Poupée De Son"). Les arrangements sont à l'avenant : d'une finesse rare et d'une élégance folle.

Enfin, tout ce jargonnage pour dire que je l'écoute en bouclette depuis quelques jours cet album, et je vous en conseille donc fortement l'écoute. On est loin de la tchouk tchouk music c'est promis. Parole de scout.

Et pendant que j y suis tiens, ça vaut ce que ça vaut, mais je vous conseille aussi grandement de vous promener un jour tout nu dans la pampa. Sensations fortes garanties. Je suis prêt à m'amputer d'un membre dans le cas contraire.

J'ai bavé ce que j'avais à baver sur ça, maintenant je m'en vas.

A plus.


Deux Par Deux Rassemblés

Au Pays Des Fleurs De La Transe

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